Echec du sommet de Cancun : le problème des subventions agricoles (le "Farm Bill" et la PAC), l'exemple dramatique du coton ouest africain.

 

 

I - L'Echec de Cancun

L'OMC et le sommet de cancun

L'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) prône la liberté des échanges commerciaux , en faisant participer le plus grand nombre de pays au commerce international, grâce notamment au démantèlement des barrières aux échanges.
(voir fiche de vulgarisation qu'est ce que l'OMC).
L'OMC fonctionne avec des cycles de négociation de 4 ans, dans lesquels toutes les décisions doivent être prises à l'unanimité des 148 pays membres. Le sommet de Cancun (Mexique) fait partie du cycle des négociations de Doha, lancé en 2001, et placé sous la thématique du développement.
A Cancun, les discussions devaient se porter sur le dossier essentiel du sommet : l'agriculture.

Chronologie d'un échec

Quelques semaines avant le démarrage du sommet, les Etats Unis et l'Europe élaborent un compromis sur l'agriculture (entre autre échanger une réduction symbolique de ces subventions contre la liberté d'investissement dans les pays en développement…..).
Le Brésil mis au courant de ce texte, décide de réagir afin d'éviter que celui ci devienne la maquette unique des discussions du sommet. Le mouvement démarre avec les 2 poids lourds de l'Amérique du sud, Argentine et Brésil, rapidement rejoints par l'Inde, la Chine et l'Afrique du sud, pour former un G5. C'est ce groupe des 5 qui va rapidement s'étendre pour aboutir au G21, composé uniquement de pays du sud, représentant environ 51 % de l'humanité et 63 % des paysans mondiaux.
Ce groupe se présente au sommet de Cancun avec une contre proposition prônant l'abolition pure et simple des subventions sous toutes leurs formes. Ce mouvement se voit appuyer par certaines ONG, notamment Oxfam, qui ajoute, à cette revendication, 3 millions de signatures émanant de sa dernière pétition pour un commerce plus équitable.
Dans une organisation qui fonctionne à l'unanimité, ces pays, à leur propre surprise, se retrouvent quasiment majoritaires.
On aboutit rapidement à trois positions distinctes :

- Les pays riches :
Favorables à une ouverture des marchés sans une véritable remise en cause de leur système de subventions.
- Les pays émergents emmener par le G21:
Brésil, Inde et la Chine principalement. Favorables à l'ouverture des marchés avec une élimination totale des subventions.
- Les plus petits et pauvres des PMA (pays les moins avancés):
Pour eux l'accès aux pays du nord est vital, en général uniquement pour un ou deux produits. Mais ils n'ont pas les moyens de survivre dans un monde totalement ouvert.

Dès lors que le nord refusait de prendre en compte leurs revendications sur l'agriculture et le dossier coton, le bloc du sud refusait de négocier sur les sujets importants pour le nord : investissements, transparence des marchés publics, concurrence, facilitation des échanges.
Une situation de blocage qui aboutira le 14 septembre à un échec des négociations de Cancun.

Conséquences

Les Pays du sud ont immédiatement crié victoire. Ils ont réussi une alliance sud/sud qui a tenu, mais surtout, ont renvoyé dans les cordes les Etats Unis et l' Union Européenne.
Avec une analyse à plus long terme, il semble que ce soit pourtant les américains qui sortent vainqueurs de cette passe d'arme (même si ils devront prendre conscience de la naissance de puissance au sud avec des pays émergents comme la Chine, l'Inde, le Brésil…). Avec l'échec de cancun les Etats Unis risquent de progressivement abandonner le multilateralisme et revenir à une multiplication des accords bilatéraux (déjà en cours avec Singapour ou le Chili) Le représentant américain pour les negociations commerciales, Robert Zoellick, a déjà fait savoir que le dossier de la suppression, voir de la réduction des subventions accordées aux paysans américains en seraient exclus.
Au final la solution pourrait venir de Bruxelles, si elle acceptait une réforme de la PAC.


2 - Subventions agricoles "Farm Bill" et Pac : le protectionnisme vert.


Le "Farm Bill" (loi agricole fédérale américaine) et la PAC (politique agricole commune de l'union européenne) sont deux structures mises en place pour subventionner les agriculteurs européens et américains.
Le montant de ces subventions est édifiant. En effet le cumul des subventions américaines et européennes s'éléverait à 350 milliards de dollard, soit 7 fois l'aide publique au développement (APD) du nord pour le sud.


Le problème des subventions agricoles

La manne énorme des subventions encourage la production de surplus par les paysans du nord. C'est ce surplus qui est bradé à bas prix sur les marchés mondiaux et inondent les pays en voie de développement.
Les paysans des pays du sud ne peuvent donc plus concurrencer ces exportations agricoles venues du nord en deça de leur prix de revient grâce aux subventions. Concurrencées, sur leur propre marché, par des produits écoulés à des prix de dumping, les agricultures du sud ne peuvent compenser en vendant au nord, qui applique, en plus, un fort protectionnisme aux frontières.
Rappelons que les politiques d'ajustement structurel imposées aux pays en développement soumis à l'initiative PPTE (pays pauvres très endettés) leur interdisent les subventions.


3 - Un exemple dramatique: le coton ouest africain.


Une ressource énorme pour l'Afrique de l'ouest

Le coton Africain est aujourd'hui en danger de mort. Malgré une des production les plus compétitive du monde, il pourrait être éliminé, progressivement, du marché par des concurrents fortement subventionnés.
Le coton africain, c'est surtout l'afrique de l'ouest et majoritairement 4 pays: le Mali, le Bénin, le Tchad et le Burkina Faso. Il représente un secteur créateur de richesses, qui tire l' économie de plus de douze états en Afrique de l'ouest. C'est la seule culture de rente qui a favorisé l'industrialisation par l' égrenage, les huileries de coton , la production d'aliments pour le bétail. Lorsqu'on analyse les chiffres on se rend compte de l'importance économique gigantesque de cette culture. En effet, il représente 17 % des exportations mondiales. Outre la fibre, la graine permet de produire 120 000 T d'huile alimentaire, 35 000 T de savon et 300 000 T d'aliments pour bétail. La fibre blanche et ses coproduits (huile de coton, savon et aliments du bétail) font vivre près de 10 millions d'africains et représentent une masse financière de plus d'1 milliard d'euros. Le coton représente 75 % des recettes d'exportation au Bénin, soit 38 % du Produit intérieur brut (PIB) et 50 % au Mali, soit 43 % du PIB.

Effet des subventions et particulièrement du "Farm Bill" américain

Le "Farm Bill" est prévu pour apporter 175 milliards de soutien à l'agriculture américaine sur 10 ans. Dans cette manne on retrouve un soutien avoisinant les 4 milliards de dollard aux quelques 25 000 cotonculteurs américains.
En 2001, la subvention accordée aux cultivateurs de coton aux Etats Unis (1,21 €/kg), comme en Europe (1,49 €/kg) dépassait déjà le cours mondial (0,95 €/kg). On estime, aujourd'hui, qu'en 2001, le dumping américain a fait subir aux 8 pays producteurs de l'Afrique de l'ouest une perte de 191 millions de dollars, entrainant des chocs économiques dans l'ensemble de la sous région. Le Mali a ainsi perdu 43 millions de dollars, soit 1,7 % de son Produit intérieur brut (PIB) et 8 % de ses recettes d'exportation, le Bénin 33 millions de dollars soit 1,4 % de son PIB et 9% de ses recettes d'exportation.

La lutte contre la pauvreté, entre actes et discours ?

Quelques statistiques rapides peuvent remettre en doute cette volonté réelle de lutter contre la pauvreté dans les pays en voie de développement, lorsque des intérêts économiques se présentent en parallèle ?

- lorsque le Mali recevait 37 millions de dollars d'aide américaine, il en perdait près de 43 sur sa filière coton.
- Au Tchad, au Bénin, au Burkina Faso… les fonds reçus au titre de l'allégement de la dette à travers l'initiative PPTE (pays pauvres très endettés) par certains pays seront inférieures aux somme perdues par les filières cotonnières.
- Les cultivateurs américains reçoivent trois fois le budget de l'USAID (coopération américaine) pour l'aide au développement américaine destinée à 500 millions d'africains.


Conclusion


Le sommet de Cancun représentait pour ces pays africains un espoir de négociation permettant une sortie de crise pour leur filière coton. Malheureusement l'échec des négociations n'a permis aucune avancé, le pire étant à craindre aujourd'hui. En effet, contrairement à l'europe, les Etats Unis ont refusé toute concession sur leur subvention cotonnière, recommandant même aux 4 états concernés (Bénin, Mali, Tchad et Burkina Faso) de diversifier leur production. Il faut se souvenir que quelques années auparavant on avait conseillé, à ces même pays, par l'intermédiaire de la banque mondiale, d'investir davantage dans leur filière coton.


Stéphane Besançon ( Santé Diabète Mali)