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R.D. Congo : L'ONU doit aborder l'implication des entreprises dans
le conflit
(New
York, 27 octobre 2003) Le Conseil de Sécurité des
Nations Unies devrait insister pour que les états membres
lancent immédiatement des investigations sur l'implication
des entreprises multinationales accusées de profiter de la
guerre en République Démocratique du Congo, a déclaré
aujourd'hui un groupe d'organisations internationales non-gouvernementales.
Le Conseil de Sécurité examinera, jeudi, le dernier
rapport du Panel d'experts sur la question de l'exploitation illégale
des ressources naturelles en RDC.
Le
Conseil de Sécurité n'a pas donné de suites
concrètes aux précédents rapports du panel
qui mettent en évidence le lien entre les activités
des entreprises multinationales et les groupes armés coupables
de massacres et autres atrocités. La guerre en RDC aurait
causé la mort de plus de trois millions de personnes, le
plus lourd tribut payé par des civils depuis la seconde guerre
mondiale. Selon le Panel d'experts constitué par le Conseil
de Sécurité en juin 2000, la volonté de contrôler
les ressources naturelles est l'une des motivations principales
de cette guerre.
"
Le Conseil de Sécurité des Nations Unies ne peut plus
ignorer les preuves qui montrent clairement l'existence d'un lien
entre l'exploitation des ressources et la guerre au Congo, "
ont déclaré les organisations non-gouvernementales.
" Il doit insister pour que les états membres amènent
les entreprises et les individus impliqués à reconnaître
leurs responsabilités, y compris les entreprises basées
dans les pays occidentaux. Le monde des affaires doit donner la
preuve de son engagement à changer ses façons de procéder
dans les situations de conflit. "
Malgré
de nombreuses critiques à l'encontre du panel d'experts,
ses principales conclusions ont été corroborées
par un nombre de plus en plus important de rapports indépendants.
Des groupes de défense des droits humains ont récemment
conclu que le désir d'exploiter la richesse minérale
et économique de la RDC avait été le facteur
isolé le plus important dans la poursuite de la violence
dans l'Est de la RDC. Les ressources naturelles ont été
exploitées par toutes les parties en guerre soi-disant pour
financer la guerre et acquérir des armes, entraînant
souvent des violations généralisées des droits
humains aux dépens des civils.
Dans
un rapport d'octobre 2002, le Panel d'experts a estimé que
85 entreprises impliquées dans des relations d'affaires au
Congo avaient violé les normes internationales, y compris
les Directives pour les entreprises multinationales de l'Organisation
pour la Coopération Economique et le Développement
(OCDE). Aucun des gouvernements participant à l'OCDE n'a
à ce jour ouvert d'enquête sur la conduite d'une seule
des entreprises listées. Au contraire, plusieurs gouvernements
ont fait pression sur le Panel pour qu'il retire les noms des compagnies
enregistrées dans leur zone de compétences ou qu'il
déclare que de tels cas avaient trouvé une solution.
"
Ce n'est pas seulement le Conseil de Sécurité qui
doit assumer ses responsabilités mais également les
gouvernements des états membres, " ont déclaré
les organisations non-gouvernementales. " Ils doivent conduire
des investigations ouvertes et transparentes utilisant le processus
de l'OCDE ou toute autre procédure impartiale pour clarifier
le rôle que les entreprises ont joué dans le conflit
du Congo. "
Le
Procureur de la Cour Pénale Internationale, Luis Moreno Ocampo
a affirmé que ses services pourraient aussi enquêter
sur la façon dont des transactions commerciales ont contribué
à la poursuite des crimes de guerre et crimes contre l'humanité
en RDC. Le Conseil de Sécurité devrait veiller à
ce que les informations rassemblées par le Panel soient accessibles
au Procureur pour l'aider dans ses investigations.
Depuis
1998, la RDC s'est trouvé mêlée à l'une
des guerres africaines les plus vastes, impliquant directement six
autres pays. Les armées du Rwanda, de l'Ouganda et du Burundi
aux côtés de groupes rebelles congolais se sont opposés
au gouvernement de la RDC, soutenu par le Zimbabwe, l'Angola et
la Namibie. Sous une pression internationale de plus en plus forte,
le gros des armées étrangères s'est retiré
du Congo l'année dernière mais ces armées ont
laissé derrière elles de nombreux droits acquis et
tout un réseau de liens économiques. L'exploitation
illicite des ressources économiques se poursuivrait par l'intermédiaire
de groupes armés liés aux pays voisins et de responsables
gouvernementaux corrompus.
"
Le Conseil de Sécurité a fortement investi dans le
fragile processus de paix actuel en RDC mais ses efforts risquent
d'aboutir à un échec s'il n'aborde pas également
les motivations économiques sous jacentes qui ont alimenté
cette guerre, " ont déclaré les organisations
non-gouvernementales. " Le Conseil doit donner suite aux conclusions
du Panel d'experts. |