Présentation DU FORAM (forum pour l'autre Mali)

 

Le forum pour l'autre Mali s'assigne comme tâche de promouvoir le débat citoyen, les confrontations d'idées, de système de valeurs et de projets de société, inspirés de l'état réel de notre pays et des aspirations véritables des Maliens et des Maliennes. Les échanges de vues que nous organisons sur la marche de notre pays et du monde pourront étayer les choix et, nous l'espérons, les décisions que les élus seront amenés à prendre.

Ces objectifs:

- Doter les citoyen(ne)s malien(ne)s d'une grille de lecture qui clarifie les enjeux, les mécanismes et les conséquences de l'articulation forcée de l'économie malienne au marché mondial dans tous les domaines: agriculture, commerce, éducation, santé, environnement, coopération,

- cerner les rôles et les responsabilités de l'ensemble des acteurs politiques, institutionnels et financiers,
- développer, à partir de cette prise de connaissance et de responsabilité, la capacité d'analyse, d'interpellation et de proposition des Maliens et des Maliennes,
- formuler des alternatives crédibles aux politiques néolibérales destructrices d'emplois et d'écosystèmes,
- promouvoir des mécanismes autonomes et endogènes d'évaluation et de suivi des questions d'interet national.

Dans ce cadre le FORAM a mis en place une publication mensuelle "Le contrôle citoyen"



Article: "Le coton témoin : quand le Nord étrangle le sud"
par Aminata Traore* et Ibrahima Coulibaly**


* Psychosociologue, écrivain et ancienne ministre de la culture du Mali, Aminata D. Traore est aujourd'hui une des grandes voix africaines sur la scène internationale. Auteur de deux ouvrages de référence: L'étau, l'Afrique dans un monde sans frontières aux éditions actes sud et Le viol de l'imaginaire aux éditions Actes sud Fayard . Elle s'est faite connaître sur la scène internationale de Bamako, Paris à Porto Allègre par ses prises de position sur la situation de l'Afrique et sur la condition de la femme Africaine.

** Secrétaire aux relations extérieures de l'association des organisations professionnelles paysannes, membre fondateur du réseau des organisations paysannes des producteurs agricole de l'afrique de l'ouest (Mali)





Le Mali, à l’instar d’autres pays africains, a cru pouvoir relever le défi du libéralisme économique en privilégiant la filière cotonnière. La cinquième conférence de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) se tient à un moment où l’échec de cette stratégie défraie la chronique. Il devrait suffire à démontrer que croissance économique, lutte contre la pauvreté et développement durable ne sont que leurres pour nos pays dans le cadre de la mondialisation libérale.

« Coton qui pleure, coton qui rit » est le titre de cet article de « The Wall Street Journal » qui a été repris de part le monde par différent organes de presse, pour rendre compte du sort tragique des paysans maliens producteur de coton, comparé à celui privilégié de leurs homologues américains qui bénéficient des subventions agricoles.
Ses auteurs décrivent la situation de Mory SANGARE, dans la région de Koulikoro. « Pieds nus, derrière la charrue, ce paysan de 22 ans va passer les quatorze prochains jours à labourer et à planter 6 hectares de coton », alors que le prix qui lui est proposé cette année est inférieur de 10% à celui de l’année dernière qui se situait lui même au niveau le plus bas que le cours de cette matière première ait enregistre depuis 1930.
Apres cette dernière récolte, « la famille SANGARE s’est retrouvée avec moins de 2000 euros pour faire vivre une vingtaine de personnes pendant un an. Le prix du coton étant encore plus bas et celui des engrais des pesticides ayant augmenté, ils ne pourront probablement pas renouveler leur cheptel et peut être même plus financer la scolarité de leur fils ». Mory SANGARE et sa famille sont parmi les 2,5 millions de Malien(ne)s qui vivent directement de leur culture de coton.
Au moment où, en juin 2002, les journalistes Roger THUROW et Scott KILMAN se penchaient sur sa situation, B. HOODS, l’homologue américain de notre frère Mory SANGARE, voyais ses pousses de coton sortir d’une terre noire et grasse du Perthshire Farms. Ce producteur américain dispose de 4000 hectares, d’un tracteur climatisé d’une valeur de 125.000 dollars et d’autres moyens super sophistiqués de production.

L’arrogance des Etats-Unis d’Amérique

L’accord de l’OMC sur l’agriculture qui prévoit la disparition progressive des subventions agricoles, n’a pas empêche les Etat-Unis d’adopter le « Farm Act » de 2006 (chaque demi hectare de coton bénéficiera de 230 dollars de subvention). En Europe, les producteurs de la Grèce et d’Espagne reçoivent quant à eux 1 milliard d’euros en raison des mécanismes de la Politique Agricole Commune (PAC) qui garantit les prix aux producteurs. Le prix stabilisé du coton dont ceux-ci bénéficient est de 1,06 euro (le kilo de coton graine, quel que soit le cours du marche) et de l’ordre de 0,30 euro pour les paysans Africains. Le sort de Mory SANGARE qui est familier à tous les Malien (ne)s, est aussi celui d’autres millions de paysans du Bénin, du Burkina Faso, de la Cote d’Ivoire, du Tchad, du Togo…à qui les institutions internationales de financement ont fait admettre que le secteur cotonnier leur ouvre la porte du marché mondial. Sur 53 pays africains, 35 sont producteur de coton et 32 d’entre sont exportateurs. En un demi-siècle, la production africaine est passée de 700.000 tonnes, avec des évolutions contrastées selon les pays. La part de l’Afrique du Nord est passée de 7à% en 1950 à 22% en 2001/2002 pendant que l’Afrique Subsaharienne multipliait sa production par sept avec un record pour le pays de la zone franc dont la production est passée de 30.000 à 1.000.000 de tonnes., Dans notre pays, les efforts de développement du secteur remontent aux années 70. La compagnie Malienne de développement des Textiles (CMDT) qui en est l’élément moteur, a vu le jour en 1974 avec une participation de 40% de la Compagnie Française de Développement des Textiles (CFDT). La zone d’intervention de la CMDT Mali Sud comprend la totalité de la région administrative de Sikasso, une partie des régions de Koulikoro et de Ségou et en fin le cercle de Kita dans la région de Kayes. La CMDT intervient également dans l’aménagement du territoire,l’éducation dont l’alphabétisation, les soin de santé, la promotion des femmes…. La dévaluation du franc CFA, survenu en janvier 1994, avait créé une embellie ainsi qu’un vent d’optimisme qui se sont vite estompés. Le secteur est confronté depuis 1998 à des difficultés liées aux subventions agricoles, ci-après évoquées : la concurrence des fibres synthétiques, les stratégies d’investissement et de commercialisation inappropriées de la CMDT ainsi que la mauvaise gestion interne. Le manque à gagner lié aux subventions américaines est estimé à 43 millions de dollars en 2002 alors que l’aide américaine était de l’ordre de 37 millions de dollars. Cette évolution est source de graves préjudices au regard de l’effort financier et humain consenti par le Mali qui est parmi les pays le plus démunis au monde. En dépit des moyens financiers et technologiques mobilisés par les pays industrialisés, le coton américain et européen est donc moins compétitif que le coton africain. En 2000/2001, le coût moyen de la production cotonnière était, en effet, de l’ordre de 48 à 53 cent par livre en Afrique de l’ouest contre 73 cents pour les producteur américains. Ainsi l’effort et l’excellence ne paient pas, puisque les nations riche peuvent se permettent de fausser le jeu tel qu’établi par elles-mêmes, en accordant des subventions à leurs propres producteurs. En fait, les producteurs de coton se trouvent doublement piégés, le coton étant la seule culture qui donne accès aux intrants, aux équipements et à un marché garanti, condition qui favorisent l’essor de toute production agricole. Le résultat à été un boom spectaculaire de la production cotonnière au détriment de la sécurité alimentaire de centaines de familles productrices. Les conséquences de cette situation sont d’une extrême gravité au plan économique, social, écologique et politique. Elle révèle que dans un contexte où l’aide publique tout comme les emprunts sont assortis de conditionnalités, les pays africains ont très peu de marges de manœuvre.
La stratégie de sortie de crise que le Mali envisage, sous la pression de la Banque Mondiale porte sur :
-La libéralisation de la filière ;
-L’amélioration des caractéristiques technologiques et de la qualité des fibres pour toujours plus de compétitivité sur le marché mondial ;
-L’optimisation des ressources humaines de la CMDT.
-Une meilleur utilisation du budget en relation avec le contrôle de gestion en temps réel et une bonne maîtrise des stocks. Cette quête incessante de perfection, en vue de la compétition, est en faite un pis-aller dans le cadre d’un marché des mondial déloyal. La dénonciation des subventions agricoles dans laquelle comble de l’hypocrisie. La banque mondiales s’implique, si elle est légitime, n’est pas non plus une solution adéquate. Elle nous maintiens dans l’erreur en faisant miroiter un avantage comparatif pour l’Afrique dans la production et l’exploitation du coton alors que le mal est plus profond. Il est dans la nature extravertie du système qui n’a cure des réalité et des besoins des Africains. Ce dont il est question et que les pouvoirs publics comme les institutions internationales de financement occultent, est la pertinence du choix néolibéral pour nos pays et sa capacité à satisfaire les besoins légitimes de paysan(ne)s et Africain(ne)s. Cette question est incontournable même si nous parvenons à lever les obstacles que sont le manque de capitaux, l’expertise, les moyens de transport, l’étroitesse du marché intérieur, la mauvaise gestion…
La production cotonnière africaine est, en somme, victime du système économique mondial qui l’a propulsée au niveau de nos décideurs. Certes les pays producteurs de coton d’Afrique de l’Ouest et du centre ont introduit auprès de l’ OMC une initiative afin d’obtenir un dédommagement de part des USA pour le préjudice subi par les producteurs de coton. Ce dédommagement estimé à environ deux cent cinquante millions de dollars n’est qu’une goutte d’eau pour un pays qui offres à ses producteurs de coton environ quatre milliards de dollars par an. A Cancun, durant le sommet de l’OMC, les pays producteurs vont certainement recevoir un dédommagement mais en retour, ils vont accepter au profit des USA, des clauses qui risquent de légitimer à jamais les subventions américaines.
Ainsi, les compensations monétaires qui ne sont pas prévues par les accords de l’OMC risquent d’entraîner des conséquences désastreuses à terme pour les paysans Africains, en compromettant à jamais l’avenir de la production cotonnière dans nos pays.


Aminata Dramane TRAORE
Ibrahim COULIBALY

 
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