SDM
: Quelle est lorigine de votre nom de scène
Yeli Fuzzo ?
En fait, mon nom de scène, cest Yeli Fu. Jai
ce nom depuis lâge de 16 ans. Yeli est mon vrai prénom,
et « Fu » vient dun ami pour lequel jai
beaucoup dadmiration. Il a une vraie maîtrise de la
langue française et adore les jeux de mots. Tout le monde
lappelle Medhi Fu. En 2001, dans la compile « Mali Rap
2001 », les gens ont aimé ma phrase « Yeli Fuzzo
qui fait son diezo »
. Cest ainsi que tout le monde
a commencé à mappeler Yeli Fuzzo
SDM
: Pouvez vous nous retracer en quelques dates clefs votre
carrière ?
Jai
comencé à rapper en 1996 avec mon groupe Spirituals
Brothers. Ca na pas duré
Cest en 1998 que
cest devenu serieux quand jai rejoint le groupe Fanga
Fing. En 1999, on a sorti le
premier single Fanga Fing et le premier grand concert de rap gratuit
au Palais de la culture. En 2000 et 2001, on a fait nos plus grand
concerts, payant cette fois ci, au palais de la culture. Cette année
jai fait mon premier album solo et mon premier concert officiel.
SDM
: Vous faites carrière comme chanteur mais aussi comme
producteur. A quand remonte cette double fonction ? Pouvez vous
nous parler un peu de votre maison de production Invasion Records
?
Jétais
producteur dès notre premier single « Bamako City »,
en 1999. Cétait en fait pour chercher un producteur,
mais je me suis apercu que je pouvais moi même me lancer dans
la production. Cest quelque chose que jadore. Cest
mon pote Aly Diarra (President dInvasion Records), qui ma
donné mes premier contacts. Avec laide de mes parents
et de mon oncle Sidi Lamine Sissoko, on a fait avancer les choses.
En plus de Fanga Fing, on a produit beaucoup dautres artistes
et spectacles tels que SNK, Magic Black Men et Ta-K-mi. Dieu merci,
pour le moment, Invasion Records est de loin la plus grande structure
Hip Hop au Mali.
SDM
: Beaucoup dartistes maliens cherchent à copier
les rappeurs français ou américains. On sent au contraire
chez vous un besoin de mélanger la musique rap avec la musique
traditionnelle malienne par des duos (koko dembele, djeneba seck
..)
ou des reprises de chansons populaires (mali djaka). Comment expliquez
vous cette différence ?
Ca
me vient naturellement. Je ne me force pas à mélanger
la musique rap à la musique de chez nous. Je me vois mal
copier les français ou les américains, cest
pas ma réalité. Je parle de ce qui se passe tout dabord
au Mali car je suis tres fier de mon Mali. Bien sur, cela ne veut
pas dire que les Americains ou Français ne minfluencent
pas
bien au contraire. Mais la musique malienne est ma premiere
inspiration.
SDM
:
Vous pourriez avec les moyens financiers de linvasion enregistrer
aux Etats Unis (où vous étudiez une partie de lannée).
Au lieu de ça vous revenez enregistrer au mali, au studio
de Mad M Cool à Bamako. De même largent gagné
avec les albums et les concerts est réinvesti en partie pour
produire davantage de shows et dartistes de linvasion.
Est
ce une volonté de votre part dinvestir, de développer
la musique rap dans votre pays ?
Oui,
je pense vraiment quon peut faire de bonnes choses au Mali.
La plupart de mes frères Maliens ont un complexe vis à
vis des autres pays. Ils oublient que le progrès commence
dabord dans la tête. Il faut dabord « croire
» pour arriver à quelque chose. Tout le monde veut
aller enregistrer à Dakar ou Paris
cest cool,
mais essayons de faire les choses chez nous aussi. Beaucoup pensaient
que javais enregistré le single « Mali Djaka
» aux Etats Unis, mais je lai fait au Mali, chez Mad
M Cool. Cest pour montrer aux frères quon peut
faire du bon travail au mali.
SDM
: Au mali, une partie de la jeunesse na pas les moyens
daccéder aux concerts. Vous avez été
un des rares artistes à proposer un concert gratuit géant
au palais de la culture. Vous
semble t il important de financer des événements de
ce type pour la jeunesse de votre pays ? Pensez vous rééditer
lexpérience ?
Oui,
bien sur, cest tres important. Comme vous le dites, certains
nont pas beaucoup de moyens. Certains de nos concerts étaient
à 1000 FCFA, soit 1,5 euros, cette année, parce que
nous savons que tout le monde ne peut pas payer 2000 francs. Nous
comptons non seulement organiser dautres concerts gratuits,
mais aussi dautres activités. Le rap nest quune
première étape pour linvasion, Inch Allah.
SDM
:
Actuellement beaucoup de rappeurs français, issus de limmigration,
prônent le retour aux sources avec leurs origines africaines.
Pour certains vous avez eu des mots assez durs dans votre chanson
«Massaya 2003 ** », explications ?
Je
pense juste que certains utilisent le nom de notre pays pour être
originaux et donc se faire de largent. Cest bien de
se faire de largent, jadore le wari (argent en bambara)
! mais ce nest pas tout. Nous on connaît les réalités
du pays. Dieu merci, je nai pas connu la pauvreté comme
beaucoup de mes frères, mais jai des yeux pour voir.
Des gars comme Oxmo Puccino et Hamed Daye se permettent daller
en Côte dIvoire et au Sénégal sans passer
par le Mali. Et après, ils se disent maliens. Cest
un peu dur à avaler pour moi. Quils viennent juste
nous voir, cest tout ce quon demande
Un petit bonjour.
Comme ca on pourra dire: «Ouai, nos frères sont passés
par la ».
SDM
: Vous avez mis votre participation dans le groupe fanga
fing entre parenthèse, puis cet été vous avez
fait votre retour. Que sest il passé ?
Je
ne vais pas mentir, il y avait eu querelle entre nous. Javais
même quitté le groupe pour de bon. Après la
tension a baissé un peu. Lorsque Di Fresh et Djah Franco
ont sorti un album à deux
le public a réagi.
Cest ça le Hip Hop
la division avec Di Fresh
et Djah Franco dune part, et Yeli Fuzzo de lautre. Tout
le monde me disait : « Ouai, Di Fresh et Djah Franco ont sorti
leur album, quest ce que toi tu peux faire ? » . Cest
pour ça que je pouvais pas rejoindre Fanga Fing directement.
Il fallait que je prouve au public que je nétais pas
seulement le producteur ou le boss de lInvasion
je suis
aussi un artiste. Après la sortie de mon album, javais
lesprit tranquille. Jétais prêt à
rejoindre mes frères de Fanga Fing.
SDM
: Des gens vous ont demandé de faire vos preuves en
solo. Un premier album troisième vente de lhistoire
au mali (1er rap), 4 concerts complets au palais de la culture,
votre sentiment ?
Je
mattendais pas a ça
je rêvais de ça
bien sur, mais je remercie Dieu pour ce résultat. Ce nest
pas une récompense pour moi seul mais aussi pour Invasion
Records et tout ceux qui ont cru en moi. Avec Aly Diarra, on bosse
comme des fous
je crois que le succès de lalbum
est un cadeau du ciel pour nous encourager à continuer dans
ce sens.
SDM
: quels sont les artistes maliens qui vous servent de modèle,
de guide ou simplement de source dinspiration ?
Mon
chanteur préféré, cest Salif Keita, car
sa voix me touche. Aucun artiste nest aussi profond que Salif
Keita. On sent quil a la musique dans les veines. Mais mon
modèle, mon guide et ma source dinspiration, cest
Oumar Koita. Il est celui qui me rend fier dêtre malien,
qui me rappelle chaque jour que la pauvreté nest pas
une honte. On doit au contraire être fier de pouvoir sourire
et sentre aider dans ces conditions.
SDM
:
Enfin pour terminer, des indiscrétions au sein de la rédaction
du ridap nous on fait savoir que vous écriviez un film ?
Ou en est ce projet ?
Ouais
! ça fait en fait 2 ans que jai écris ce film.
Mais je prends mon temps, jai envie de faire quelque chose
de vraiment bien. On veut lInvasion dans tous les domaines.
Cest encore un autre rêve, et je vais me battre pour
le réaliser.
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